Le leader chinois ayant cassé un hauban et faisant route vers Madagascar, la flotte va désormais être emmenée par Camper et Telefonica tandis que Groupama 4 est bien décalé dans l’Est, à 150 milles du groupe central. Ce positionnement est favorable à l’horizon de 48 heures…
Pas d’initiative stratégique en vue d’ici la fin de la semaine : les cinq voiliers encore dans le match n’ont qu’un très long bord tribord amure à effectuer jusqu’à l’approche du Pot au Noir équatorial qui se positionne au 8° Sud. Au débridé dans un vent alizéen de secteur Est vingt nœuds, les conditions météorologiques se sont enfin stabilisées avec du soleil et des températures en hausse. Après plus de trois jours à tenter de traverser un front impénétrable, le rythme de cette deuxième étape de la Volvo Ocean Race s’est remis en marche. Mais devant les étraves, la dépression tropicale qui a bénéficié à Sanya jusqu’à son avarie de gréement va renforcer jusqu’à demain mardi matin la brise et surtout amener son lot de nuages tropicaux…
Un coup à long feu
Le voilier chinois, qui avait réussi un superbe coup stratégique en quittant le groupe pour contourner le front par l’Ouest, a pleinement profité de la dépression tropicale qui s’est formée au large de Madagascar. Sanya avait fait le break avec plus de 200 milles d’avance et pouvait se recadrer vers l’Est derrière la tempête, pour se replacer devant ses concurrents au large de La Réunion. Malheureusement, une pièce du haubanage a cassé sur le voilier chinois, obligeant Mike Sanderson et son équipage à se détourner vers Port-Dauphin, dans le Sud-Est de l’île de Madagascar. Contre un vent encore soutenu mais qui mollit progressivement, Sanya va faire un pit-stop pour réparer et normalement, il devrait perdre toute son avance en moins de 24 heures. En sus, il devra repartir en longeant les côtes de la grande île africaine, contre une brise de Nord, ce qui ne va pas favoriser sa progression vers l’équateur. Le coup aura fait long feu…
Pour le reste de la flotte, la configuration est tout autre puisque l’objectif est encore de gagner vers le Nord-Nord Est afin de passer entre l’île Maurice et l’île de Rodrigues, c’est à dire sur le méridien 60° Est. Les Espagnols de Telefonica et les néo-Zélandais de Camper sont en pointe mais les plus à l’Ouest, alors que les Américains de Puma sont à quarante milles à leur vent, et Groupama 4 à 150 milles plus à l’Est. La situation de Abu Dhabi n’est pas bonne puisqu’il concède plus de cent milles aux leaders.
Avantage au vent
Sur l’eau, la dépression tropicale qui s’est formée très rapidement a changé la donne : le front qui bloquait la progression vers l’Est s’est délité plus vite, l’anticyclone des Mascareignes a gonflé. La voie du Sud que Franck Cammas et ses hommes ont emprunté a perdu un peu de sa superbe quand le vent a molli en approchant le centre des hautes pressions. En fait, le groupe central a pu traverser plus vite que prévu le front pour accrocher les alizés de Nord-Est, pendant que Groupama 4 a été ralenti après son crochet méridional. Mais si le voilier français navigue ce lundi après-midi avec un peu moins de vent que ses concurrents, la situation va devenir identique d’ici mardi matin : tout le monde aura une quinzaine de nœuds de secteur Est.
Le décalage de Groupama 4 va donc commencer à porter ses fruits dès mardi après-midi quand le voilier français va atteindre le 60° Est. Le barreur va pouvoir légèrement tirer sur sa barre pour abattre et gagner un bon nœud de vitesse supplémentaire par rapport au groupe central qui devra encore naviguer à 70°. Ce différentiel de cap d’une dizaine de degrés devrait être suffisant pour que Franck Cammas et son équipage se retrouvent de nouveau au contact des trois leaders de demain : Telefonica, Camper et Puma… L’option tactique de Groupama 4 n’a donc pas offert les dividendes espérés mais ne porte aucunement à conséquence quant à la suite de cette deuxième étape. Surtout qu’il y a en ligne de mire un Pot au Noir à traverser avant d’arriver au port marquant la fin de cette première tranche du parcours.