À Cagliari, Tudor Team Alinghi n’a pas gagné. Mais le défi suisse a réussi de belles phases techniques et des résultats encourageants et pour l’avenir… Cette première régate préliminaire de la 38e America’s Cup, courue du 21 au 24 mai en AC40, a surtout livré une photographie assez nette de la situation : Alinghi est encore en construction, manque d’heures de navigation, mais possède déjà un collectif capable de progresser vite.
Cagliari : une première régate qui n’a pas déjoué les pronostics
Il faut d’abord remettre les choses à leur juste échelle. Cette régate s’est disputée sur AC40, ces monocoques volants plus compacts qui servent de laboratoire, de support d’entraînement et de révélateur sportif. La Coupe, elle, se jouera à Naples en 2027 sur AC75, des machines beaucoup plus puissantes, plus complexes, et autrement exigeantes dans la gestion de l’équipage, de l’énergie, du vol et des systèmes. Mais force est de reconnaître que si cette régate préliminaire ne peut pas annoncer qui va gagner la Cup, elle indique en revanche qui est dans le bon timing, qui tâtonne encore, et qui a déjà trouvé le rythme d’un potentiel vainqueur…
Sur ce plan, Luna Rossa a frappé fort. À domicile, les Italiens ont remporté la finale face à Emirates Team New Zealand (le Defender), confirmant que leur transition vers le nouveau cycle est déjà bien engagée. Pour Alinghi, le bilan comptable est plus modeste : sixième au général, loin du match final. Pourtant, réduire la semaine suisse à ce classement serait passer à côté de l’essentiel.
Le défi de la Société Nautique de Genève arrive dans cette 38e America’s Cup avec une équipe profondément renouvelée. Paul Goodison, Phil Robertson, Nicolas Rolaz, Nathalie Brugger, Pietro Sibello et Jason Waterhouse composent un groupe riche en talent, mais encore jeune dans son fonctionnement commun. À ce niveau, la différence ne se joue pas seulement sur la qualité individuelle des marins. Elle se joue dans les automatismes, les mots courts échangés au bon moment, la confiance dans les manœuvres, la capacité à garder le bateau haut, stable et rapide quand la pression monte.
Une place en finale envisageable ?
Cagliari l’a montré sans filtre. Alinghi a débuté par une troisième place encourageante, preuve que la vitesse et l’instinct de régate sont bien là. Puis la machine s’est grippée : problèmes techniques, pénalités, départs irréguliers, séquences moins propres dans des conditions parfois instables. Rien de rédhibitoire, mais assez pour rappeler que l’America’s Cup ne pardonne pas les approximations. Sur un AC40, une hésitation coûte déjà cher. Sur un AC75, elle va ruiner une manche.
La note positive est venue de la fin de régate. Lors de la dernière journée, les Suisses ont semblé plus connectés, plus cohérents dans leurs choix et plus lisibles dans leur navigation. La quatrième place de l’ultime course en flotte, le podium manqué d’un rien dans un finish serré avec GB1, a montré une équipe capable d’apprendre en temps réel et surtout de performer. Paul Goodison a d’ailleurs souligné une meilleure communication à bord, tandis que Phil Robertson et Pietro Sibello ont insisté sur la qualité de la dernière course et l’unité trouvée de l’équipage.
Alors, une place en demie finale voire en finale de la 38e America’s Cup est-elle envisageable ? Avec la Cup, on le sait bien, tout est possible. Le potentiel montré à Cagliari laisse à penser que le collectif et le talent sont là. Reste à naviguer, progresser sur l’eau, trouver les automatismes sur l’AC75 et monter en compétence face aux meilleures équipes et aux meilleurs marins du monde.
La Suisse a déjà remporté le trophée deux fois. En route pour une 3e à Naples en 2027 ? En attendant, rendez-vous à Naples en septembre prochain pour la seconde régate préliminaire et découvrir si l’été aura été profitable au Tudor Team Alinghi.
