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Les Biennois au pays de l’or noir

par Quentin Mayerat

Les onze équipages franchissent la ligne de départ. Au premier plan, l’embarcation de l’équipe biennoise co-skippée par Lorenz Müller et son fils Emanuel. © Mark Lloyd

Né en 2011, l’EFG Sailing Arabia – The Tour (SATT) est une régate offshore disputée à bord des fameux Farr 30 qui ont accompagné le Tour de France à la Voile pendant plus de dix ans. Au cours de sa récente histoire, la compétition a déjà vu défiler des grands noms de la voile à l’image des Français Sidney Gavinet, qui a remporté l’édition 2014 à bord de EFG Bank Monaco Team, et Bertand Pacé qui s’est imposé en 2013 et en 2011 avec AISM Team. Cette année, on pouvait noter, entre autres, la participation de l’Irlandais Damian Foxall, vétéran de la Volvo Ocean Race, de l’Espagnol Alex Pella, récent vainqueur de la Route du Rhum et de Nick Moloney, ancien vainqueur du Trophée Jules Verne et vétéran du Vendée Globe. Autant dire que ce tableau relevé a fait office de véritable défi pour les amateurs de Bienne-Voile qui ne se sont pas laissés impressionner. A l’exception de EFG Bank Monaco Team skippé par Gavinet, qui a littéralement survolé la course, la bataille pour les cinq premières places a été très disputée jusqu’à l’arrivée à Manama, capitale de Bahreïn. Au final, pour leur première participation, les Helvètes se sont classés 7e, ce qui réjouit malgré tout le co-skipper de l’équipe Emanuel Müller qui se dit «très satisfait du résultat, même si avant la dernière étape nous aurions pu prétendre à la 5e place. »

Au large, les Helvètes emmenés par Müller père & fils traversent le gros temps. Ils doivent faire face à des conditions extrêmement physiques et exigeantes. © Mark Lloyd

Un départ pourtant prometteur

L’équipage suisse a créé la surprise durant les premiers jours de course en se plaçant directement dans le sillage des favoris. Dès la première régate in-port, au départ de Mascate, ils ont joué au coude-à-coude avec EFG Bank Monaco Team avant d’accrocher finalement une belle 2e place. Quelques jours plus tard, lors de la seconde étape, les Biennois ont confirmé qu’il faudrait bien compter sur eux à l’arrivée à Manama en terminant 3e, juste derrière l’équipe Royal Navy of Oman et les Néerlandais de TU Delft Challenge. Pour Emanuel Müller, qui naviguait avec son fils Lorenz, ce départ canon n’est pas dû au hasard : « nous avons l’habitude de nous entraîner sur le lac, jusqu’au détroit d’Ormuz nous étions dans le petit temps. La navigation était donc très tactique et il fallait se rapprocher de la côte afin d’accrocher les thermiques. » En bons marins de lac, les Suisses étaient véritablement avantagés dès que la course se rapprochait des côtes. Lors de la dernière régate in-port organisée à Doha, ils n’ont pas fait exception à la règle et ont signé à nouveau une brillante 3e place, défiant ainsi les navigateurs et les équipages les plus aguerris. Arrivés à mi-parcours, les Biennois étaient encore solidement arrimés à la 5e position du classement, avec seulement 14 points les séparant de l’équipage monégasque, toujours en pole position. Mais une fois passé Ormuz, les conditions étaient loin d’être aussi favorables pour nos marins de lac qui se sont fait coiffer par les habitués du rendez-vous.

© DR

Remontée dans le gros temps

« Les étapes étaient longues et physiques, nous dormions très peu », nous confiait Emanuel Müller. Lorsque la mer a commencé à se former, le vent à forcir, les Suisses ont eu naturellement plus de mal à venir à bout des skippers professionnels. Les bords de près n’ont pas manqué de leur occasionner quelques péripéties durant la nuit. Alors que les conditions étaient particulièrement musclées, les Biennois ont eu à faire à des infiltrations à partir du capot par lequel sort le spinnaker ainsi que par l’arbre d’hélice du moteur. Ainsi, par deux fois leurs caissons sous le vent ont accueilli près de 200 litres d’eau de mer à écoper en pleine nuit ! Fort heureusement, cette avarie n’a pas eu d’incidence trop grave sur la suite de la course mais leur a tout même fait perdre du terrain sur leurs concurrents. Les deux dernières étapes ont ensuite fait place à une explication ardente entre les favoris pour monter sur le podium. EFG Bank a confortablement assuré sa position de leader, Team Averda s’est maintenue en 2e position grâce à sa grande régularité tout au long de la compétition. La surprise est venue de l’équipe koweïtienne, Zain Sailing Team, emmenée par Cédric Pouligny qui a éjecté in extremis du podium l’équipe néerlandaise, TU Delft Challenge, après une magnifique victoire lors de la dernière étape.

© Mark Lloyd

Un bilan très positif

Emanuel Müller ne regrette certainement pas d’avoir fait le déplacement avec tous les membres de l’association Bienne-Voile : « l’ambiance au sein de la flotte était vraiment excellente, nous avons eu la chance de nous confronter à une concurrence très pointue qui connaissait parfaitement le plan d’eau et c’était génial de retrouver le Farr 30 en régate», nous a-t-il déclaré. Bienne-Voile est une association qui souhaite promouvoir l’engagement des régatiers suisses dans les courses au large. Depuis le changement de format du Tour de France à la Voile qui donnera à partir de cette année la priorité à la navigation côtière, cette compétition constitue un excellent substitut pour ces amateurs de régates offshores. Quant à savoir si nous reverrons nos petits Suisses naviguer sur les eaux salées de la péninsule arabique, Emanuel Müller indique qu’ « un gros travail de préparation en amont est nécessaire, mais nous avons bon espoir de repartir l’année prochaine ». En attendant, les membres de l’association vont se concentrer sur la préparation de la Fastnet et de la Cowes Week.

Sans complexe, les amateurs de Bienne-Voile sont venus défier les équipages composés de professionnels à l’image de ce mano a mano avec EFG Bank Monaco. © Mark Lloyd

Plus d’information sur Bienne-Voile à l’adresse www.srs-ccs.ch

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