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Louis Vuitton Pacific Series

par Quentin Mayerat

Dix équipes représentant neuf nations ont répondu présentes à l’invitation de Louis Vuitton et du Royal New Zealand Yacht Squadron pour une épreuve à haute tension dans les eaux néo-zélandaises.
La semaine même où les équipes américaine et suisse devaient se retrouver devant les juges new-Yorkais pour leur dernière comparution, les deux belligérants de la bataille juridique qui paralyse la Coupe depuis juillet 2007 multipliaient les opérations de charme à Auckland.
BMW Oracle Racing prêtait ses deux Class America au comité d’organisation et invitait toutes les personnes concernées de près ou de loin par l’événement à un barbecue géant sur son pavillon flottant.
Alinghi n’était pas en reste puisqu’il dépêchait sur place Tom Schnackenberg pour présenter la jauge du nouveau Class America et soigner la presse lors d’un petit déjeuner avec Ernesto Bertarelli, spécialement venu pour l’occasion.
L’innovation majeure de cette épreuve était sa couverture télévisuelle. Ne disposant pas d’un budget suffisant pour retransmettre les régates en direct, Bruno Troublé a pris contact avec VirtualEye, société spécialisée dans la retransmission d’événements sportifs utilisant l’image de synthèse.
Grace à une seule caméra sur le site, des images embarquées préenregistrées, une pléiade de GPS transmettait avec précision la position et les mouvements des bateaux en course, et le tout était assisté d’une bonne équipe de commentateurs. Les régates étaient retransmises en direct sur internet, la télévision nationale et les écrans géants du village de la course. Une première mondiale pour une couverture médiatique exceptionnelle.

Le sport à l’honneur
Toutes les conditions étaient donc réunies pour que cette régate amicale et « pacifique » reste dans les annales comme un grand moment de sport dans une période de troubles traversée par l’America’s Cup.
Chacune des équipes présentes était venue pour replacer le débat sur l’eau et il était surprenant de constater l’excellent niveau général des compétiteurs alors que, pour la plupart, ils n’avaient plus navigué sur ce type de bateau depuis maintenant 18 mois.
Du côté sportif, les organisateurs réussissaient l’exploit technique de faire courir 53 matches sur les deux semaines de course dans des conditions de rêve. Les équipages, à tour de rôle, n’avaient qu’à embarquer à bord d’un des quatre Class America parfaitement préparés pour l’occasion. Seule la compétence sportive prenait le dessus dans une épreuve où, pour une fois, tout avantage technologique avait été supprimé.
On ne comptait plus les nombreuses pénalités distribuées par les arbitres, les moments choc quand les gigantesques spinnakers partaient en lambeaux dans les furieux lofing matchs, ou les photos finish lors d’arrivées jugées avec moins d’une seconde d’écart. Ces régates de très haut niveau ont certainement enthousiasmé les passionnés qui voyaient là un bon moyen de rêver à nouveau, à une prochaine America’s Cup que l’on ne souhaite pas trop lointaine.
La hiérarchie a été respectée avec Team New Zealand, Alinghi et BMW Oracle Racing qui terminent en haut du tableau final. Certains nouveaux venus ont démontré leurs qualités comme Damiani Italia Challenge, très bien mené par le jovial Vasco Vascotto et les Anglais de TeamOrigin qui ont fait preuve d’énormes capacités avec le triple champion olympique Ben Ainslie à la barre.
L’autre surprise de cette épreuve nous vient de China Team qui a remporté tous ses matches de la poule argent en battant notamment l’expérimenté, mais néanmoins décevant K Challenge et qui, à une seconde près, aurait même pu éliminer Luna Rossa Challenge dans une arrivée à couper le souffle.
Du côté des équipes qui ont un peu déçu, il faut également noter Luna Rossa Challenge, incapable de concrétiser une certaine domination dans les départs, et Team Shosholoza qui n’a gagné qu’un seul match pendant la quinzaine et a même été battu trois fois par l’inconnu de service et néanmoins performant Greek Challenge.
Il ne manquait qu’une polémique pour que cette épreuve rentre dans la catégorie des grands événements de l’America’s Cup. Ce fut chose faite quand Alinghi refusait très justement de rencontrer Team New Zealand lors d’un match préliminaire.
Les Néo-Zélandais étant qualifiés d’office pour la finale, leurs matches ne comptaient pas pour le classement des challengers. Le risque de perdre un point de pénalité en cas de collision était jugé trop grand par l’équipe suisse qui déclarait forfait pour un match « comptant pour du beurre ».
L’événement, qui aurait dû passer pour un excellent coup psychologique et tactique, était immédiatement monté en épingle par la presse locale. C’était pour elle l’opportunité de ternir l’image de celui qui leur avait pris l’America’s Cup en 2003.

Les Néo-Zélandais souverains dans leur jardin
Vu les performances d’Alinghi dans les phases éliminatoires, on pouvait s’attendre à une victoire finale de l’équipe suisse. Il n’en fut rien, car après avoir facilement remporté le premier point de la finale, Alinghi trébuchait à trois reprises contre l’équipe néo-zélandaise littéralement transcendée par l’événement.
Sous une pluie battante, Alinghi prenait des départs approximatifs et écopait même d’une pénalité dans la troisième manche. Des manœuvres hasardeuses et une tactique aléatoire donnaient le sentiment que l’équipe suisse était dans un jour sans, alors que l’équipe néo-zélandaise atteignait son meilleur niveau de navigation le dernier jour. Il n’en fallait pas plus pour que le magnifique trophée, créé par Louis Vuitton, soit remis à Emirates Team New Zealand sous un véritable torrent de champagne, dans la plus pure tradition des grands événements sportifs.
L’avenir des Louis Vuitton Pacific Series est complètement lié à la situation actuelle de l’America’s Cup. Pour peu qu’elle s’enlise, Louis Vuitton et Bruno Troublé ont confirmé leur volonté d’organiser un circuit similaire dès cette année. Ils ont d’ailleurs avoué être en contact avec plusieurs villes européennes très intéressées par le concept. En revanche, si la Cour d’Appel de New York donne raison à Alinghi, alors cette épreuve gardera son côté unique.

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