En 2028, la Solitaire du Figaro abandonnera le Figaro Bénéteau 3 pour l’Ocean Fifty. Derrière ce changement de support se cache une vraie révolution : la course qui a bâti sa légende sur la monotypie et l’égalité des armes mise désormais sur des trimarans spectaculaires, mais rares et techniquement tous différents. Un choix qui fracture complétement le monde de la course au large.
Il existe peu d’épreuves aussi intimement liées à un bateau et à une philosophie de la régate. Née en 1970 sous le nom de Course de l’Aurore, à l’initiative de Jean-Louis Guillemard et Jean-Michel Barrault, la Solitaire devient la Solitaire du Figaro lorsque le Groupe Figaro reprend l’événement en 1980. D’abord disputée sur différents monocoques puis sur des Half Tonners, elle bascule au début des années 1990 vers ce qui deviendra son ADN : la monotypie stricte. Avec le Figaro Bénéteau 1, puis le Figaro Bénéteau 2 en 2003 et le Figaro Bénéteau 3 à foils depuis 2019, les concurrents naviguent sur des bateaux tous identiques. Même coque, même appendices, mêmes principales caractéristiques : la différence ne doit venir du marin, de sa préparation et de celle de son bateau, de sa stratégie, de sa vitesse et de sa capacité à résister au manque de sommeil… C’est précisément ce laboratoire qui a vu passer les plus grands marins de la course au large en solitaire de Michel Desjoyeaux à Jean Le Cam, d’Armel Le Cléac’h à François Gabart ou Charles Caudrelier, sans oublier Laurent Bourgnon, Dominique Wavre, Bernard Stamm et Justine Mettraux.
De l’égalité des armes à la jauge Ocean Fifty
À partir de 2028, tout va donc changer. Le Groupe Figaro, propriétaire de l’épreuve, et OC Sport Pen Duick, son organisateur depuis 2011, ont choisi l’Ocean Fifty, trimaran de 15,24 m capable d’atteindre des vitesses sans commune mesure avec celles d’un Figaro 3 et surtout bien plus spectaculaires que le monocoque, même équipé de foils.
Surtout, un Ocean Fifty n’est pas un monotype. La classe fixe une jauge – longueur comprise entre 15 et 15,24 m, largeur maximale de 15,24 m, tirant d’air limité notamment – mais laisse une part importante à la conception et à l’évolution des bateaux. Des plans VPLP ou Verdier de générations différentes peuvent ainsi courir ensemble. Le talent du marin reste essentiel, mais la performance du bateau entre davantage dans l’équation. Et ça, c’est une révolution pour la Solitaire du Figaro.
Une décision d’abord économique et médiatique ?
Pour OC Sport, l’ancien modèle devenait fragile. Son directeur général Joseph Bizard évoque une concurrence accrue entre classes et événements, des collectivités plus contraintes financièrement et des partenaires réclamant davantage de retour sur investissement. L’Ocean Fifty doit apporter vitesse, images spectaculaires, courses côtières devant le public et nouvelles possibilités d’hospitalité lors des escales. L’objectif affiché est clair : regagner de l’audience et assurer la pérennité de la Solitaire jusqu’aux prochaines décennies. Mais le pari comporte un paradoxe. La Solitaire 2026 réunissait 36 skippers ; la classe Ocean Fifty ne compte actuellement que onze unités. Tous les talents du Figaro ne pourront donc matériellement pas accéder au nouveau support.
La rupture est suffisamment profonde pour que Paprec, partenaire-titre, ait annoncé qu’il quitterait l’épreuve après 2027, regrettant l’abandon d’une compétition « à armes égales ».
Deux héritages pour une même Solitaire
La Classe Figaro Bénéteau n’entend pourtant pas disparaître. Elle prépare pour 2028 une nouvelle grande course en solitaire sur un format proche de l’actuelle Solitaire, appelée à devenir son épreuve phare. La dernière Solitaire en Figaro Bénéteau 3 aura donc lieu en 2027. En 2028, le nom survivra sur les Ocean Fifty. Le spectacle devrait y gagner considérablement. Mais la Solitaire risque de perdre ce qui faisait depuis plus de trente ans sa singularité : permettre à plusieurs dizaines de marins de savoir, presque sans discussion possible, lequel était le meilleur…
