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Les Îles de Guadeloupe : six îles, un seul voyage

par Marine Ulrich

Forêt tropicale, lagons turquoise, baie classée, pour la plaisance, ateliers de « Salako », chapeaux traditionnels et distilleries de rhum de caractère : à chaque traversée, la Guadeloupe change de visage. Voyage au fil de l’eau dans un archipel français des Caraïbes.

Texte) Marine Ulrich

Les Caraïbes sans quitter la France : c’est la promesse des Îles de Guadeloupe. Bien qu’à des milliers de kilomètres du continent, ce département d’outre-mer est un territoire français que l’on rejoint facilement depuis l’Europe, sans escale depuis Paris, juste muni d’une pièce d’identité. On débarque ainsi sous les tropiques pour un dépaysement total, sans les complications du lointain. Reste à ne pas se tromper de carte. La destination ne se réduit pas à une île, c’est un archipel. Six îles habitées et une myriade d’îlets que l’on relie en quelques milles, en ferry, en avion ou encore à la voile. Et c’est sans doute grâce à la mer que l’on saisit le mieux sa logique. Ici, on ne visite pas une destination, on navigue entre plusieurs.

Les Îles de Guadeloupe se jouent dans les contrastes. L’archipel tient en deux îles principales séparées par un bras de mer, aux visages pourtant bien différents. À l’ouest, la Basse-Terre, montagneuse et couverte de forêt tropicale : c’est le royaume du Parc national, le premier d’outre-mer, classé Réserve de biosphère par l’Unesco.

Végétation dense, sentiers de randonnée, bassins où l’on se baigne au pied des cascades, on y vient pour marcher et pour la fraîcheur de l’eau douce. Point culminant des Petites Antilles à 1’467 mètres, la Soufrière ferme l’horizon : ce volcan toujours actif est surnommé la « Vieille Dame ». Son ascension, dont l’accès au sommet est encadré, reste une expérience phare. L’île surprend car on y trouve deux joyaux nouvellement « distingués » par TripAdvisor, Le Jardin Botanique de Valombreuse dans le top 1 % mondial, et le Zoo de Guadeloupe dans le top 10 % mondial. Elle abrite aussi un coin de paradis maritime protégé, la Réserve Cousteau, à découvrir en bateau à fond de verre ou dans le cadre de plongées réglementées.

À l’est, la Grande-Terre joue une tout autre partition. Ourlée de longues plages et de lagons turquoise que balaient les alizés, elle est un merveilleux terrain de jeu pour la baignade, les sports de glisse et la plaisance. Basse-Terre et Grande-Terre donnent à elles deux déjà le ton d’un territoire aux mille visages. Car le reste se gagne par la mer. Marie-Galante, l’île aux cent moulins, ronde et rurale, vit au tempo de la canne à sucre. Les Saintes alignent leurs baies abritées, dont l’une à Terre-de-Haut fait partie du club des Plus Belles Baies du Monde. La Désirade, la plus sauvage et secrète avec son jardin du désert labellisé « Jardin remarquable » et sa réserve naturelle à caractère géologique la plus ancienne des Caraïbes, cultive le calme et séduit les voyageurs en quête de tranquillité. Entre toutes les îles, les distances sont courtes et les liaisons quotidiennes. En une semaine, on prend la mesure de deux îles, en deux, on apprivoise l’archipel.

Nul doute que les Îles de Guadeloupe se découvrent d’abord par la mer. Les plaisanciers qui font escale d’île en île au gré de mouillages réputés le savent. Devant Terre-de-Haut, la baie des Saintes est à couper le souffle. On y jette l’ancre face au bourg et l’on rejoint à la nage la plage du Pain de Sucre ou on s’aventure plus loin vers Terre-de-Bas pour aller nager avec les raies et les tortues. Plus à l’écart, la réserve naturelle de Petite-Terre offre un lagon aussi magnifique, mais protégé où évoluent iguanes, tortues, raies et poissons tropicaux. Site classé, son accès se fait en excursion encadrée et seuls des mouillages écologiques y sont autorisés afin de préserver les fonds. Tous les quatre ans, depuis 1978, la mer guadeloupéenne devient une scène internationale. La Route du Rhum – Destination Guadeloupe, l’une des transatlantiques en solitaire les plus mythiques, vient toucher terre à Pointe-à-Pitre ; la prochaine édition s’élancera le 1er novembre 2026 de Saint-Malo. Son nom n’est pas un hasard : il rappelle les voiliers qui rapportaient autrefois le rhum des Antilles vers la métropole.

Cap donc à présent sur Marie-Galante, l’île où les trois distilleries et rhumeries sur les quatorze de la destination perpétuent un savoir-faire ancestral. On y goûte le rhum agricole autant que la cuisine créole authentique, métissée et généreuse : accras, court-bouillon de poisson, « bébélé » (soupe à base de légumes traditionnels) ou galette de « kassav ». Une gastronomie qui, elle aussi, raconte le riche patrimoine de l’île.

Cette nature, la Guadeloupe a choisi de la valoriser.

Côté Basse-Terre, le label « Esprit Parc national » distingue les hébergements qui jouent le jeu de la biodiversité : table en circuit court, énergie maîtrisée, construction fondue dans la végétation. Côté Grande-Terre, l’École de la Mer, hébergée par l’Aquarium du Gosier, sensibilise petits et grands à la fragilité des fonds marins. Le luxe se vit dans le silence du petit matin, le goût comblé de fruits fraîchement coupés et la vue émerveillée par une nature encore intacte. C’est aussi cette intimité que viennent chercher ceux qui choisissent l’archipel pour se dire oui pour la vie, ou simplement souffler et prendre le temps de se ressourcer bien loin d’un quotidien surchargé. Entre deux îles, on troque l’agenda contre le rythme du soleil et des marées, et l’on comprend vite pourquoi certains ne repartent qu’à regret.

Une dernière facette se vit à terre. La culture créole aux influences amérindiennes, africaines, indiennes et européennes, irrigue toute la vie de l’archipel avec sa gastronomie, bien sûr, mais également ses danses et musiques traditionnelles comme le gwoka inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité (Unesco) ou le zouk. À Pointe-à-Pitre, le Mémorial ACTe, dédié à la mémoire de l’esclavage et de la traite, s’impose comme l’un des grands lieux de mémoire des Caraïbes. Et de janvier au Mercredi des Cendres, l’archipel vit à l’heure de son carnaval, plusieurs semaines au cours desquelles costumes colorés, à plumes, à paillettes, en matière végétale, et groupes à po défilent au rythme des tambours, des ti-bois et des chants créoles, jusqu’à l’embrasement final de Vaval, le roi de la fête.

Six îles, autant de raisons d’embarquer. Reste à choisir par laquelle commencer…

Toutes les infos sur Lesilesdeguadeloupe.com

Photos) Comité du tourisme des iles de Guadeloupe/Aurélien Brusini

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