Groupama 4 a passé en tête, ce mardi à 8h35 (heure française), la troisième et dernière marque virtuelle de la limite des glaces. La route vers le cap Horn est désormais ouverte. A 1 200 milles du rocher mythique, Franck Cammas et ses hommes passaient encore une nuit difficile, avant une journée plus apaisée et un final dans le Pacifique Sud prévu vendredi soir.
Après une semaine de très gros temps, Franck Cammas et ses hommes sont bien installés en tête d’une flotte en partie décimée par la dépression australe qu’elle a suivie dans un flux de Sud-Ouest de trente à soixante nœuds. La zone de glaces ayant été arrondie ce mardi matin, Groupama 4 pourrait empanner dans la soirée (heure française) sous grand-voile à un ris et gennaker de brise, sur une mer en cours d’organisation. Il faut encore être sur ses gardes car les vagues croisées sont le véritable danger de cette navigation sur le 55° Sud !
« On aurait aimé que ça se passe plus facilement, et c’est à la hauteur de ce que nous avions imaginé. On a eu une nuit difficile avec une mer à nouveau très grosse. Il a encore fallu lever le pied pour ménager le bateau et les hommes. C’est la semaine la plus rude depuis le départ de la Volvo Ocean Race. Nous étions plus en condition de survie qu’en régate. L’eau est à 5°C en ce moment : vivement qu’on passe le cap Horn et qu’on remonte, parce que nous sommes assez avancés en saison et dans le Pacifique Sud, ce n’est pas le moment le plus agréable pour naviguer ! » déclarait Franck Cammas lors de la visioconférence de ce mardi midi.
Les frimas du Grand Sud
Dans la brise qui souffle à plus de trente nœuds et dans une mer qui se lève parfois à près de huit mètres, le paramètre le plus contraignant est le froid : la zone des glaces n’est qu’à quelques centaines de milles de Groupama 4. Le thermomètre d’eau de mer descend parfois en dessous de 5°C, confirmant la proximité des icebergs. Mais ceux-ci sont désormais dans le tableau arrière du voilier français. La journée de mercredi s’annonce donc plus agréable si ce n’est plus chaude ! La brise va s’apaiser légèrement (en dessous de 30 nœuds) et les vagues vont devenir moins vicieuses, au fur et à mesure que Franck Cammas et son équipage vont se rapprocher du Horn. La composante Nord-Ouest que va prendre le vent ces prochaines heures sera aussi un facteur bonifiant. Il fera moins froid et l’angle de navigation vers le détroit de Drake sera plus favorable.
« La limite des glaces nous a évité la tentation d’une route plus Sud vers le cœur de la dépression. Cela nous a écarté des dangers d’une brise plus forte et d’une mer plus grosse. C’était un souci de moins de ne pas se poser la question de naviguer au milieu des glaces… Même si en ce moment, nous ne sommes pas très loin des icebergs : Jean-Luc Nélias nous en a montré deux gros dans notre Ouest. Nous avons pu, avec Puma, raser cette limite. Nous avons depuis renvoyé le gennaker lourd et notre route est libre jusqu’au cap Horn. »
Un duel jusqu’au Brésil
Côté course, Franck Cammas et ses hommes ont lâché un peu de lest en cette dernière journée pour deux raisons : il fallait d’abord respecter la marque virtuelle des glaces, ce qui a obligé les barreurs successifs à forcer le cap pour ne pas avoir à empanner. D’autre part, la position de leader permet de mieux gérer les efforts de l’équipage pour ménager des pauses et régénérer les corps. Si Puma n’est plus qu’à trente-cinq milles, il va falloir qu’il suive le rythme plus soutenu que Groupama 4 s’apprête à tenir…
« Je ne suis pas étonné de la casse. Nous avons, nous aussi, eu un problème sur l’étrave avant d’arriver à Auckland. C’est une zone extrêmement sollicitée dans la mer croisée. On est obligé de passer entre 18 et 20 nœuds pour tenir le rythme et c’est forcément un risque pour la structure. Depuis le départ, les conditions ont été très dures pour les bateaux, notamment dans la partie devant le mât. C’est évidemment dommage que d’autres concurrents soient handicapés par la casse, mais cela fait partie de la Volvo Ocean Race.
Nous avons ménagé Groupama 4 dès le départ et cela ne nous a pas empêché d’avoir aussi des avaries, en particulier la première nuit avec notre problème d’émerillon de foc de brise. A cause de cela, nous avons dû gérer une voie d’eau par le vérin d’étrave : nous avions au moins une tonne d’eau à l’avant sur le bord de débridé vers les mers du Sud…
Puis Phil Harmer s’est fait mal deux fois à l’épaule : il n’est pas sûr qu’il puisse faire la prochaine étape. On fait des check-up régulier à l’avant, dans le mât et sur la coque pour vérifier que tout va bien, qu’il n’y a pas de voie d’eau. En fait, nous sommes toujours derrière le centre de la dépression et ce n’est pas la meilleure situation : il vaut mieux être devant ! Là, nous avons une mer croisée depuis une semaine, du vent soutenu et très instable avec des grains, et ça va durer jusqu’au cap Horn. Il faut être très concentré à la barre… On est tous un peu stressé. »
La délivrance vendredi soir
Encore trois jours de navigation animée avant de tourner à gauche vers le Brésil ! Si demain mercredi s’annonce plutôt rapide et un peu plus confortable à vivre à bord de Groupama 4 (tout est relatif !), la soirée de jeudi se présente sous des augures moins favorables. Une nouvelle dépression arrive par le Nord-Ouest et va passer le cap Horn en même temps que les deux leaders. Un front assez violent devrait balayer la zone en approche de la cordillère des Andes, ce qui n’est jamais bon. Les grains vont se succéder et la mer sera très désorganisée avec la remontée des reliefs sous-marins. Il vaudra donc mieux arriver par le Sud-Ouest que par l’Ouest dans le détroit de Drake. Mais ce phénomène va passer très rapidement, laissant derrière lui un ciel de traîne de Nord-Ouest et une brise de 25 à 30 nœuds.
« On a claqué 32 nœuds dans un surf, mais ce n’était pas l’objectif d’aligner des scores ! On a toujours gardé une voilure raisonnable et c’est plus difficile d’aller doucement que vite… Ce ne sont pas des conditions de record de vitesse : il faut naviguer en souplesse dans ce style de mer, comme sur un multicoque. L’expérience du trimaran Groupama 3 est sans conteste un plus, nous avons l’habitude de trouver le bon tempo sans danger. Les monocoques sont plus lourds et encaissent plus d’efforts en étant moins volages. Nous n’utilisons donc pas toute la puissance du bateau et depuis 24 heures par exemple, nous ne mettons pas la quille au vent au maximum pour diminuer la charge. Mais à la barre, nous prenons souvent beaucoup de plaisir, parce que nous sommes en tête, et que nous n’avons pas tous les jours la chance d’avoir de telles conditions. C’est toujours mieux la journée que la nuit où on ne voit rien du tout ! Faire glisser un bateau de quinze tonnes sur une vague de dix mètres, c’est fabuleux… »
Position des concurrents de la Volvo Ocean Race sur la cinquième étape Auckland – Itajai à 1300 UTC (15h00 heure française) le 27/03/2012
1. Groupama 4 à 3 112,3 milles de l’arrivée
2. Puma – à 37 milles du premier
3. Telefonica – à 313,9 milles du premier
4. Camper – 856,6 milles du premier (se dirige vers le Chili pour faire escale)
5. Abu Dhabi Ocean Racing – à 1 415,4 milles du premier
6. Team Sanya – a suspendu sa course
Groupama 4 was the first to get past the third and final ice gate limit at 0635 UTC this Tuesday. As such the route towards Cape Horn is now open. Some 1,200 miles from the legendary rock, Franck Cammas and his men had another hard night prior to what is shaping up to be a quieter day, with the final stretch of the South Pacific due to come to an end on Friday evening.
After a week of very rough weather, Franck Cammas and his men are settled nicely into position at the head of a fleet, which has been partly decimated by the austral depression that it has been following in around thirty to sixty knots of south-westerly wind. After circumnavigating the ice zone this Tuesday morning, Groupama 4 may well gybe this evening (European time) and is currently sailing under one reef mainsail and storm gennaker, on seas which are becoming more organised. The crew will still have to be on their toes though as the crossing waves pose a real threat at 55° South!
“We’d have liked things to have been easier, but it’s everything we imagined it would be. We had a hard night with very heavy seas once more. We had to ease off the pace to spare both the boat and the men. It’s been the harshest week since the start of the Volvo Ocean Race. Survival mode had the upper hand over race mode. The water is 5°C at the moment: roll on the time when we’re past Cape Horn and beginning our climb, as we’re quite late in the season and it’s not the most pleasant time to be sailing in the South Pacific!” said Franck Cammas during the videoconference at noon this Tuesday.
The wintry weather of the Deep South
In over thirty knots of breeze and a sea which picks up to nearly eight metres at times, the most inconvenient thing is the cold: the ice zone is just a few hundred miles from Groupama 4. Sometimes the temperature of the sea water falls below 5°C, confirming the proximity of the icebergs. However, this is all now behind the French boat. As such Wednesday promises to be more pleasant, though it won’t really be any warmer! The breeze will ease slightly (below 30 knots) and the waves will become less vicious the closer Franck Cammas and his crew get to Cape Horn. The wind is also set to shift round to the North-West over the coming hours, which will be another thing in their favour. The wind won’t be as cold and the sailing angle on the way to Drake’s Passage will be more favourable.
“The ice limit prevented us from being tempted to adopt a more southerly course towards the centre of the depression. As it was, this limit kept us clear of the stronger breeze and the heavier seas. It was one less thing to worry about as we didn’t even have to weigh up whether or not to sail through the ice. However, we’re not very far from the icebergs: Jean-Luc Nélias showed us two big ones to the West of us. Together with Puma we were able to just skirt along this limit. Since then we’ve rehoisted the heavy gennaker and we’ve got a clear road to Cape Horn.”
A duel up to Brazil
As regards the race, Franck Cammas and his men have made a few concessions over the past day, which can be explained in two ways: first of all it was necessary to respect the virtual Eastern Ice Gate, which forced the successive helmsman to sail as close to the wind as they can so they don’t have to gybe. Secondly, their position as leader enables them to better manage the crew’s efforts so as to give them a chance to rack up some rest time and revive their bodies. Though Puma is just thirty-five miles astern, the Americans will now have to try and match the steady pace which Groupama 4 is preparing to set…
“The breakage comes as no surprise to me. We too had an issue with the bow before we made Auckland. It’s a zone which is under a massive amount of pressure in the cross seas. You have to make between 18 and 20 knots in order to keep pace, which is bound to be risky for the structure. Since the start, the conditions have been very hard for the boats, particularly in the area forward of the mast. Obviously it’s a shame that the other competitors are handicapped by breakage, but that’s the name of the game in the Volvo Ocean Race.
We’ve been sparing with Groupama 4 since the start but that hasn’t stopped us from incurring damage ourselves, especially the first night with our issue with the storm jib swivel. As a result of that, we’ve had to deal with a leak where the ram passes through the deck up forward: we had at least a tonne of water up forward when we were sailing with eased sheets towards the Southern Ocean…
After that Phil Harmer injured his shoulder on two separation occasions: he’s not sure if he’ll be able to do the next leg. We’re carrying out regular check-ups up forward, around the mast and on the hull, to make sure everything’s okay and that there are no leaks. Basically, we’re still behind the centre of the depression and that’s not the best situation to be in: it would be better to be in front of it! We’ve had cross seas for the past week, with continual but very fluky wind in the squalls, which is likely to last till Cape Horn. You have to be very concentrated at the helm… We’re all a bit stressed.”
Deliverance on Friday evening
There are still three days of lively sailing on the cards before the French boat can hang a left towards Brazil! Though tomorrow, Wednesday, is set to be pretty quick and a bit more comfortable aboard Groupama 4 (everything’s relative!), Thursday evening is shaping up to be less favourable. Indeed a fresh depression is rolling in from the North-West and will pass Cape Horn at the same time as the two leaders. A fairly violent front is likely to sweep across the zone as the Andes cordillera looms, which is never a good thing. The upshot of this will be a succession of squalls and the seas will be very messy due to the shallower sea bed. As such it will be better to attack Drake’s Passage via the South-West rather than the West. However, this phenomenon will roll through very quickly, leaving behind it a few clouds to the North-West and around 25 to 30 knots of breeze.
“We hit 32 knots in one surf, but it wasn’t our aim to see who could get the best score! We’ve always retained a reasonable sail area and it’s harder to go gently than to go fast… These aren’t the kind of conditions for breaking speed records: you have to be flexible in this style of sea, as you would on a multihull. The experience we gleaned on the trimaran Groupama 3 is unquestionably a bonus as we’re used to finding the right tempo to avoid danger. Monohulls are heavier and withstand greater stresses by being less flighty. As such we’re not pushing the boat full pelt and for the past 24 hours for example, we haven’t been canting the keel right over to windward so as to reduce the loadings. However, at the helm, we’re often really enjoying it, because we’re in the lead and you don’t get to sail in conditions such as these everyday. The daytime is always better than the night, where you can’t see a thing! Getting a fifteen-tonne boat slipping along on a ten-metre wave is fabulous…”
Position of the competitors in the Volvo Ocean Race on the fifth leg from Auckland to Sanya at 1300 UTC on 27/03/2012
1. Groupama 4 à 3,112.3 from the finish
2. Puma – à 37 miles astern of the leader
3. Telefonica – à 313.9 miles astern of the leader
4. Camper – 856.6 miles astern of the leader
5. Abu Dhabi Ocean Racing – à 1,415.4 miles astern of the leader
6. Team Sanya – suspended racing