A une journée de l’équateur et avec environ 200 milles de retard sur le leader, Armel Le Cléac’h est en position de chasseur avec quelques bons atouts dans la main : le Pot au Noir n’est pas très actif mais assez étendu en latitude et surtout, une dépression Nord Atlantique vient perturber le régime des alizés d’Est. La route vers Les Sables d’Olonne est encore pavée de pièges…
La mauvaise configuration météorologique qui a retardé Armel Le Cléac’h sous le Brésil est déjà loin et si l’écart vis à vis du leader s’est agrandi le long des côtes brésiliennes, il est en cours de réduction drastique ces prochaines heures. Le décalage latéral d’il y a une semaine s’est transformé en différentiel longitudinal suite à un système orageux imprévisible par le travers de Buenos Aires…
« Armel était plus dans l’Ouest que François (Gabart) sous le Brésil, et les prédictions météorologiques donnaient très peu d’écart pour atteindre les alizés. Sur ce tour du monde, les deux solitaires se sont parfois séparés mais se sont toujours retrouvés. Cette fois, Banque Populaire s’est fait prendre par une mini dépression orageuse qui n’était pas visible sur les fichiers : Armel a dû faire du près tribord amures vers le Nord-Ouest, quand François a pu rester en bâbord amure pour faire du plein Nord. Cela n’a duré que quelques heures, mais cela a suffi à créer un différentiel qui s’est agrandi au fil des jours quand le leader a touché les alizés qui se renforçaient à chaque fois plus tôt ! C’est un coup de pas de chance… » analysait Ronan Lucas, directeur du team Banque Populaire.
Aborder l’hémisphère Nord
Avec environ une demie journée de décalage, le Monocoque 60’ Banque Populaire peut déjà aborder différemment l’entrée dans le Pot au Noir : alors que François Gabart vise le 29°30 Ouest, Armel Le Cléac’h oblique vers le 28°30 Ouest. Car la météo bouge beaucoup au-dessus de l’équateur ces jours prochains avec des alizés qui diminuent sous l’influence d’une dépression atlantique en voie d’extinction.
« Il commence à faire une chaleur torride ! J’approche de l’équateur que je devrais passer mercredi après-midi. Je gratte des milles sur François en ce moment mais il va falloir bien anticiper le Pot au Noir : j’ai encore la possibilité de lofer ou d’abattre en fonction du vent et des images satellites qui montrent le chemin. Il y a des ouvertures pour remonter vers l’anticyclone des Açores : j’ai encore le choix de ma trajectoire car ce n’est pas encore évident entre partir dans l’Ouest et prendre le chemin le plus court… L’Atlantique Nord bouge assez vite en ce moment : je suis en position de chasseur ce qui me permet de m’adapter encore aux évolutions météorologiques à venir. Je suis en bonne forme et j’ai un peu de bricolage du genre cordage à changer et winch à démonter pour entretien. Les conditions sont idéales pour un check-up général ! En tous cas, je devrais passer l’équateur avec neuf jours d’avance sur mon précédent Vendée Globe… Pas mal. » indiquait Armel Le Cléac’h ce mardi.
Déjà, François Gabart a sérieusement ralenti la nuit dernière et Armel Le Cléac’h était ce mardi matin cinq nœuds plus rapide que le leader. En position d’ouvreur, le premier va en sus devoir négocier un régime d’alizés qui ne va pas dépasser une douzaine de nœuds toute la semaine… Or la brise d’Est va se renforcer d’abord par le Sud, ce qui rendra la remontée de Banque Populaire moins fastidieuse ce week-end alors que de hautes pressions s’installent sur la route entre la Floride et les Canaries : il y aura un nouveau ralentissement par devant ! Armel Le Cléac’h va devoir grappiller mille par mille son retard, mais il sait qu’il y a des ouvertures jusqu’à l’entrée du golfe de Gascogne… Le duel est loin d’être fini.
Classement le 15 janvier à 9h
1-François Gabart (Macif) à 3 262 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 232,1 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 680,4 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 872,4 milles
5-Mike Golding (Gamesa) à 1 996,9 milles