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Un Bol d’Or du Léman qui restera dans les mémoires

par Gregoire Surdez

Un vainqueur, Ylliam XII – Comptoir Immobilier, disqualifié puis réintégré. Un jury bien sollicité. Et des régatiers très affûtés dans toutes les classes. L’édition 2026 a été fidèle à la légende.

C’est un Bol d’Or qui restera dans les mémoires, avec ce dénouement chaotique dans la catégorie reine des TF35. Arrivé premier sur la ligne d’arrivée, peu avant 22 h, Ylliam XII – Comptoir Immobilier a d’abord été déclaré non classé. Tout comme son « petit frère » Ylliam 17, de Julien Firmenich (3e). Les deux TF35 ont été sanctionnés par le comité de course pour ne pas avoir navigué avec le nombre de concurrents déclaré. Ils étaient six au lieu de sept. X-Wing (2e sur la ligne), de Marco Favale, qui avait cru pouvoir crier victoire a finalement terminé en dauphin. Le jury international s’est réuni et a pris sa décision, irrévocable. En raison d’un vice de procédure, le classement officiel de la 87e édition du Bol d’Or du Léman est celui qui correspond aux arrivées sur la ligne à hauteur du phare Ylliam.

C’est donc bien le premier des 391 bateaux inscrits au départ qui a pu faire sauter le champagne lors de la cérémonie de remise des prix. Bertrand Demole, skipper d’Ylliam XII – Comptoir Immobilier, peut savourer sa 2e victoire au Bol d’Or du Léman, après celle de 2021. « Nous avons réalisé une superbe course, souligne-t-il. En étant pratiquement tout le temps en tête et en faisant les bons choix dans le final. » Son TF35 a coupé la ligne après 11 h 48 min et 53 s. Il devance X-Wing de 3 min et 16 s, et Ylliam 17 de 6 min et 58 s.

Ces rebondissements n’ont finalement pas terni une 87e édition qui s’est déroulée sous un soleil radieux et dans des conditions de vent qualifiées de traditionnelles, avec un superbe départ dans un sud-ouest bien soutenu. Un Grand-Lac paresseux, et un Haut-Lac en grève. Seuls les multicoques les plus rapides ont réussi à trouver du Joran au retour pour rallier le Jet d’eau juste avant 22 h. Les petits écarts à l’arrivée illustrent bien toute l’intensité de la bataille au sein de la flotte des TF35 qui n’a jamais vraiment été inquiétée par les deux D35 Okalys (Nicolas et Arnaud Grange) et Double You Team (Christian Wahl). Mais le retour gagnant d’Okalys aura tout de même été remarqué (et remarquable !) puisque le duo père-fils termine 6e au scratch, loin devant son rival en M1 (Wahl), et devant deux foilers TF35, Zen Too (8e) et Sails of Change 10 (13e).

Chez les monocoques, la soirée et la course ont été beaucoup plus calmes. La victoire du K2 de Philippe de Weck s’est apparentée à une démonstration de force. Surpris il y a un an par le Libera Carondimonio, le prototype Luthi 1420 a fait la course dans le peloton de tête du début à la fin. Si ses poursuivants ont réussi à rester au contact, le Psaros 40 Cellcosmet de François Thorens passant en tête au Bouveret, ils n’ont rien pu faire sur le retour. Le premier contradicteur (Stravaganza) du bateau barré par Alexandre de Weck, le fils de Philippe, a été distancé de plus de 45 min.

Au temps compensé, catégorie qui classe tous les bateaux qui ont fini (296 concurrents ont coupé la ligne et ont été classés) en fonction de leur jauge et d’un handicap, c’est un tout jeune équipage qui s’est imposé sur Tarango, un Luthi 952. Le monocoque est skippé par Alexis Pariat, un jeune régatier représentant le Club Nautique Morgien et le Club Nautique de Crans. Il a rassemblé des copains, navigateurs eux-aussi, âgés de 16 à 22 ans. « Nous sommes très heureux et fiers de cette victoire au Bol d’Or, qui est un grand aboutissement pour nous. Notre objectif est de grandir en tant qu’équipe, et éventuellement d’acquérir un jour un Psaros 33. Le rêve ultime serait d’avoir un TF35, ou un TP52. » Les jeunes de Tarango ont pris rendez-vous sous les vivats du public présent à la cérémonie de clôture.

À cette occasion, une autre victoire très convoitée a été célébrée, celle des Surprise, présents en nombre (101) à l’occasion des 50 ans de la classe. Comme toujours, ou presque, la décision s’est jouée dans les ultimes instants. « Entre Pointe-à-la-Bise et la ligne d’arrivée », a expliqué Sarah Jaccaud, du Cercle de la Voile de Lausanne. Avec ses coéquipiers, Antoine Costa, Pascal Lehmann et Cédric Jaccaud, elle a résisté aux derniers assauts de l’inoxydable René Mermoud (Waventin) qui s’incline d’une minute et dix-neuf secondes seulement.

Une lutte qui restera, elle aussi, dans les mémoires…

Un retour gagnant sur la Genève-Rolle-Genève

La saison des classiques lémaniques a été précoce cette année. Pour cause de G7 à Évian, le Bol d’Or a été fixé une semaine plus tôt. Par effet de ricochet, la première grande course de la saison, la Genève-Rolle-Genève, avait aussi été avancée au week-end du 30 et 31 mai. Une chose est certaine, les concurrents de Genève-Rolle auraient bien voulu bénéficier des conditions du Bol d’Or du Léman. Cela aurait sans doute débouché sur une course aux records, avec ce flux de sud-ouest qui a balayé le Petit-Lac toute la journée du samedi 6 juin. Au lieu de ça, c’est une autre forme de record qui a marqué la 53e édition, laquelle coïncidait également avec la célébration des 140 ans du Yacht Club de Genève, organisateur de cette première classique lémanique de la saison.

Un record de lenteur (9 h 52) avec un lac d’huile et une arrivée nocturne qui a souri à une équipe revenue aux affaires en 2026. Nicolas Grange a remis au goût du jour (nouvelles voiles, notamment) et à l’eau son D35 Okalys. Avec son fils Arnaud à la barre et également Pierre-Yves Jorand à bord, l’équipage avait très fière allure. Profitant de ces conditions ultra-light, rendant le vol des TF35 impossible, il est allé chercher une victoire probante. De quoi aborder le Bol d’Or du Léman avec le plein de confiance qu’il termine au 6e rang au classement scratch et vainqueur en M1. Un double succès réalisé également par le K2 de Philippe de Weck, sans rival chez les monocoques sur les deux classiques.

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