L’avènement des MOD 70 promettait le renouveau tant attendu du multicoque océanique avec la fin de l’hégémonie française et de la course à l’armement. Mais l’homogénéité qui devait se dégager de l’ambitieux projet né sur les rives du Léman n’est pas encore au rendez-vous. Les Maxi Multicoques, classe Ultime ou Classe G, reviennent plus que jamais dans le paysage vélique – particulièrement en France – et les MOD peinent à trouver leur place dans l’univers anglo-saxon, même si le rachat du n°2 par Cam Lewis est plutôt prometteur. Pour l’heure, tous ces supports vont se côtoyer sur différents événements de la saison 2013. Entre monotypes, prototypes géants de 77 à 105 pieds participant aux classiques et chasse aux records, il n’est pas certain que cet univers soit vraiment limpide pour le grand public. Reste à savoir si tout ce petit monde va pouvoir cohabiter longtemps en bonne intelligence. La question est pour l’heure ouverte.

Banque Populaire V, le maxi trimaran détenteur du Trophée Jules Verne a été racheté par Donna Bertarelli et rejoint l‘écurie Spindrift Racing. Le voilier prendra le départ de la rolex Fastnet race en août. © Carlo Borlenghi

L‘écurie Gitana alignera le monotype Edmond de Rothschild sur certaines courses, le Classe G Gitana XI sur d‘autres. © Mark Lloyd
Année de transition pour MOD 70
Si beaucoup de rumeurs ont couru sur les MOD 70 durant l’hiver, Marco Siméoni, le président de la société, ne cache pas avoir vécu des moments difficiles ces derniers mois : « Il est vrai qu’il y a eu des divergences avec les armateurs. Mais aujourd’hui, un accord a été trouvé, et nous repartons sur des bases saines pour la suite. » Dans l’impossibilité de pouvoir proposer un circuit 2013, faute de partenaires, MOD SA a donc renoncé à organiser un championnat et laisse le champ libre aux équipes pour la saison. Les monotypes s’apprêtent donc à courir plusieurs épreuves déjà inscrites au calendrier. MOD SA reste néanmoins prestataire pour le service après-vente des bateaux. Les trimarans vont vraisemblablement disputer la Route des Princes – un Tour d’Europe entre l’Espagne, les Iles britanniques et la Bretagne organisé par OC sport – en juin, le Fastnet en août et la Transat Jacques Vabre en novembre. Cette dernière épreuve aurait d’ailleurs été un des gros points de discorde entre armateurs et responsables de classes, les premiers souhaitant courir en double alors que les MOD ont été conçus pour l’équipage. Il semble que les organisateurs de la course n’étaient pas non plus prêts à négocier sur ce point qui touche à l’essence même de la course.
Les MOD 70 disputeront au final la Jacques Vabre en double, ce qui n’enchante pas forcément Stève Ravussin. « Ce n’est pas un problème de support, car les bateaux sont beaucoup plus sains que les ORMA et peuvent parfaitement être menés par deux régatiers. Mais ça ne va pas dans le sens du concept de base. Tout le monde sait que les Anglo-saxons ne naviguent pas en solo ou en équipage réduit, ce n’est pas dans leur philosophie. Et notre but a toujours été de créer une classe internationale. Nous pensons donc que ça peut être contre-productif pour le projet. »
Retour du gigantisme

Lionel Lemonchois, adepte du solitaire, a préféré poursuivre dans la voie du prototype, dont le programme est plus proche des attentes d‘un sponsor français. © DR
Cinq MOD 70 devraient donc être au départ de la Route des Princes cet été, au côté des Classe G pour lesquels la course a été créée. Ouverte à tous les multis dès 50 pieds, et conçue pour faire la promotion de Prince de Bretagne – la nouvelle monture de 80 pieds de Lionel Lemonchois –, l’épreuve risque de manquer cruellement d’homogénéité, en dehors des monotypes. Luc Talbourdet, qui en plus de son rôle de président de l’IMOCA est project manager de Virbac-Paprec est très positif par rapport à la tournure des événements. « C’est très excitant de partir sur un nouveau support et La Route des Princes tombe à pic pour nous. Les partenaires disposent de moyens, et la course devrait être un tour d’Europe à la hauteur des attentes des concurrents en terme de visibilité. Même avec cinq bateaux, ça fait une belle flotte. Si on compare les MOD 70 à la Volvo qui aligne six concurrents, avec de nombreux abandons à chaque étape, on est parfaitement crédible. »
Les participants en proto ne sont par contre pas encore connus, mais le potentiel reste assez limité. Sodebo, Banque Populaire (ancien Groupama 3), IDEC, Spindrift 2 (ancien Banque Populaire V), Gitana XI et Geronimo (tout juste racheté par Sodebo) sont bien sûr visés. Mais la moitié de ces écuries a déjà déclaré ne pas être de la partie pour raison de chantier ou d’incompatibilité de calendrier. Quelques 50 pieds, classe qui reste très confidentielle, devraient également être de cette première édition.
L’écurie Gitana, qui compte un Classe G (77 pieds) et un MOD 70, a choisi quant à elle de faire naviguer ses deux bateaux, en fonction des régates. « Le monotype Edmond de Rothschild sera sur la ligne de la Route des Princes et la Transat Jacques Vabre », relève Cyril Dardashti, directeur général de l’écurie du Baron Benjamin de Rothschild. Et de poursuivre : « Le Gitana XI participera par contre au Fastnet, au Tour de Belle-île et à quelques autres petites courses. Les MOD sont des bateaux remarquables, mais qui n’ont de l’intérêt que quand ils courent ensemble. Par ailleurs, certains partenaires n’ont aucun intérêt à être présents sur la scène internationale. C’est pour cette raison qu’ils ont fait le choix de rester sur des supports comme le classe G qui ont pour objectif commun la Route du Rhum, incontournable en France. » Sodebo, le partenaire de Thomas Coville, a par ailleurs manifesté son intérêt de voir plus d’épreuves ouvertes aux grands multis inscrites au calendrier. L’écurie qui vient de racheter Geronimo pour le reconditionner et l’aligner au Rhum pourrait bien, à l’instar de Prince de Bretagne, mettre en place un événement destiné à son poulain.

Le parcours de la Route des Princes doit réunir, en plus des cinq monotypes de 70 pieds, quelques Classe G ainsi que les 50 pieds. © DR
Si on peut se réjouir que de nombreux projets soient en cours, on peut par contre regretter de voir les circuits et les événements se multiplier sans réelle cohérence. Chacun revendique évidemment sa légitimité, mais il n’est pas sûr que public et partenaires s’y retrouvent au final. Il faudra probablement attendre 2014, avec la Route du Rhum, la Krys Ocean Race et quelques campagnes de records pour voir si tous les acteurs du multi océanique trouveront leur compte dans cet imbroglio. Pour l’heure, une seule chose est sûre, c’est que le spectacle sera au rendez-vous.

