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Frauscher 797 : Spectre autrichien sur le Léman 

par Louis Taurel

Texte et photos Louis Taurel 

En plein cœur de ce bouillant mois de juillet, c’est avec un plaisir non dissimulé que je me rends sur le port de Thonon où j’ai rendez-vous avec Philippe Séguret, propriétaire et fondateur de Pro Yachting.
L’objet de cette rencontre : profiter de l’arrivée du tout nouveau Frauscher 797 Spectre pour (re)découvrir le haut lac et le grand lac. 

Premier contact
Mis en valeur par sa robe gris métallisé, sa sellerie blanche, son pare-brise façon speedster et son pont en teck immaculé, la coque numéro deux du dernier né du chantier autrichien se tient à flot, prête à fendre le lac d’huile qui s’offre à nous. Long de 7,92 m pour un bau de 2,37 m, il paraît à la fois racé et compact et les proportions (comme toujours dans la gamme runabout de Frauscher) sont parfaitement équilibrées.
S’il est homologué pour 7 personnes, il est évident qu’il est plutôt conçu pour 4. Le siège semi-englobant du pilote fait face à une batterie de compteurs. Au centre, comme sur une certaine 911, on retrouve le compte-tours gradué jusqu’à 7 000 tr/min. L’indication est légèrement optimiste puisque le V8 Mercruiser de 6,2 L trouve ses 350 chevaux au régime de 5 400 tr/min, régime auquel ce Spectre plane à plus de 45 nœuds.

Les canaux de Port Ripaille
Le temps de ranger les défenses et haussières dans les coffres et de mettre à l’abri le matériel photo dans la toute petite cabine, nous passons la zone des 300 mètres et pouvons maintenant faire cap sur Port Ripaille. Assis en position basse, le pare-brise englobant remplit pleinement son office : le pilote et le passager sont totalement à l’abri du vent. Par des températures comme celle du jour de notre essai, il est alors opportun de s’asseoir en position haute de manière à capter un maximum d’air. Nous entrons dans Port Ripaille par l’entrée est. Cette marina, construite au début des années septante dans une partie du parc du château de Ripaille réunit, sur le modèle de Port Grimaud, 550 maisons et appartements donnant directement sur des canaux. Chaque logement bénéficie d’une place d’amarrage. Tout comme sa grande sœur varoise, les embarcations ne se limitent pas à des petites unités : le tirant d’eau maximum atteint en effet 5 mètres de profondeur. On y trouve même quelques Psaros 33, dont celui de notre pilote du jour. L’ambiance y est discrète, la nature omniprésente avec plus de 800 espèces végétales et quelque 200 espèces d’oiseaux : Port Ripaille est construit en plein milieu de la réserve du delta de la Dranse.
En sortant par l’ouest, les baigneurs sur la digue ne manquent pas de remarquer le Frauscher, nous gratifiant de quelques pouces levés.

Less is more
Nous nous décidons à nous mettre au mouillage afin de manipuler le bimini. Celui-ci s’installe relativement facilement : on relève (électriquement) le capot moteur surmonté des bains de soleil. Les arceaux de capote nichés dans la partie avant du compartiment se relèvent alors tout simplement et viennent se fixer aux taquets d’amarrage de part et d’autre du pare-brise : simple, efficace et fiable dans la durée !
Idem pour le mouillage : l’ancre en elle-même, profilée et épousant les lignes de l’étrave, fait partie intégrante de la ligne du bateau et reste donc visible en navigation. Le davier escamotable va simplement légèrement sortir afin d’éloigner l’ancre de la carène et éviter le désagrément d’un accroc sur la superbe peinture métallisée.

Lavaux baigné de soleil
Cap sur Cully ! Le plan d’eau est désert, si bien qu’un véritable banc de cormorans a pris ses quartiers au milieu du lac, comme pour marquer la frontière entre le haut et le grand lac. Une fois ces pêcheurs ailés dépassés, nous poussons le régime au maximum : dans les conditions du jour, sans vent ni clapot, nous atteignons facilement 45 nœuds. À cette vitesse, notre véritable 2+2 de grand tourisme se montre stable et confortable, et cela alors que les deux sièges avant ne sont pas suspendus. Si l’on souhaite virer à haute vitesse, le Frauscher reste stable et s’inscrit précisément où on lui demande d’aller, tout en prenant une élégante gîte. Il ne décroche pas et la propulsion reste très vive même lors des virages les plus serrés. Il est à noter que même lorsque nous avons croisé le sillage d’autres plaisanciers ou celui des bateaux de la CGN, à aucun moment le pont en teck ou les passagers ne furent mouillés. Les déflecteurs de carène remplissent leur rôle à merveille. Nous ralentissons afin de nous atteindre 23 nœuds et trouver le régime de croisière idéal à 3’000 tr/mn. À cette allure, le V8 consomme environ 36 litres à l’heure offrant une autonomie de plus de 150 milles nautiques.
Formant un port naturel au pied du vignoble de Lavaux, Cully s’est consacrée pendant plusieurs siècles à la culture de la vigne et à l’export du vin par voie lacustre, lui assurant une certaine assise économique. Cette prospérité a pris fin en 1891 avec l’arrivée de la voie ferrée du Simplon, qui stoppa le transport lacustre des marchandises. Les différents aménagements routiers ont, au cours des années, quelque peu mis à l’écart cette petite ville balnéaire, lui permettant de conserver en grande partie son authenticité. Son arrière-pays, abstraction faite de la voie de chemin de fer, est sublimé par les vignes en terrasse qui offrent assurément l’un des meilleurs postes d’observation des couchers de soleil estivaux.

Patrimoine mondial de l’UNESCO, le vignoble de Lavaux est un paysage culturel unique né de la géologie alpine et du glacier du Rhône. Façonné par l’Homme depuis l’époque romaine et structuré au XIIe siècle par les moines cisterciens, ce territoire défie des pentes abruptes allant jusqu’à 43°. Pour cultiver cette terre difficile, des générations de vignerons ont construit des murs en pierre afin de retenir le sol. Ce vignoble d’exception bénéficie des fameux « trois soleils » : le rayonnement direct, la réverbération du lac Léman et la chaleur restituée la nuit par les murs.

Fabricant de runabouts néoclassiques
Reconnaissables au moindre coup d’œil, les Frauscher sont le fruit d’une histoire quasiment centenaire. Il faut effectivement remonter à 1927 pour trouver les origines du chantier. Au départ, avant-guerre, le jeune chantier autrichien se consacre principalement aux unités à voile. La marque s’est peu à peu spécialisée dans les bateaux à moteur jusqu’à devenir le paroxysme du runabout. Ayant agrandi le chantier de près de 800 m² ces dernières années, Frauscher produit environ 80 unités par an.
Évoluant en dehors des modes avec un design intemporel, voire néoclassique, chaque nouveauté de Frauscher ne démode pas le modèle précédent — à l’image, encore une fois, de Porsche et sa 911. Frauscher entretient d’ailleurs des liens étroits avec le géant de Stuttgart, avec lequel une collaboration existe depuis 2021 pour la production de runabouts électriques ceux-ci utilisent en effet le groupe motopropulseur du Porsche Macan électrique.

Nous quittons Lavaud en longeant la côte jusqu’à Montreux. En ce début d’après-midi, nous y entendons les répétitions du Jazz Festival et regagnons Thonon les Bains, à 19 milles nautiques à l’ouest. Le 797 Spectre est véritablement digne du badge qu’il arbore, élégant, rapide, précis, facile à vivre et bien pensé. Plus qu’un runabout, il est au nautisme ce que pouvait être les personal luxury car aux États-Unis dans les années 1950. Centré sur le confort du conducteur et de son passager, on cherche ici à donner la priorité au style avec des lignes épurées et basses offrant une silhouette fluide et sportive. La puissance est là, disponible, mais doit rester discrète et silencieuse afin de ne pas venir perturber le confort d’utilisation.

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