GAES Centros Auditivos 6ème de la Barcelona World Race

GAES Centros Auditivos 6ème de la Barcelona World Race

Dee Caffari et Anna Corbella ont bouclé leur tour du monde ce mercredi matin à 09h 17min 18sec, heure de Barcelone. Le seul équipage 100% féminin de la Barcelona World Race aura mis 102 jours 19h 17min 18sec pour boucler le parcours qu’elles ont effectué sans escale technique. Anna Corbella devient ainsi la première femme de l’histoire espagnole à boucler un tour du monde à la voile non-stop. Dee Caffari complète quant à elle son 4ème tour du monde (2 à « l’endroit », 2 à « l’envers »). Les filles de GAES Centros Auditivos auront mis 8j 20h 56min 42sec de plus que Virbac-Paprec 3, vainqueur de la seconde édition de la Barcelona World Race.

 

La course de GAES Centros Auditivos

Si l’on devait trouver une constante dans la course de GAES Centros Auditivos ce serait sûrement la sécurité avec laquelle le seul équipage féminin de la Barcelona World Race a navigué tout au long de son tour du monde. Dee Caffari et Anna Corbella auront démontré mieux que quiconque le bon sens marin tout au long de leur périple autour du globe.

Les premiers jours de course ne sont pas faciles. Les filles, comme la plupart des équipages, ont beaucoup de difficultés pour sortir de la Méditerranée. Elles oscillent entre la troisième à la onzième place. Le 3 janvier, elle sont sixièmes, lancées aux trousses de Virbac-Paprec 3 et de Foncia qui s’échappent déjà vers le large. Mais dès le lendemain, le vent se joue des filles au niveau du détroit de Gibraltar et les courants contraires font reculer Neutrogena et GAES Centros Auditivos. Cette même nuit, Anna Corbella est contrainte de plonger à l’eau, couteau à la main, pour se défaire des filets de pêches pris dans la quille.

Le traditionnel jour des Rois en Espagne ne sourit pas à l’équipage anglo-espagnol. Le 6 janvier, les filles pointent à la 8ème place. Virbac-Paprec 3, Foncia, Mirabaud et Estrella Damm forment le peloton de tête. Derrière, relégués à plus de 150 milles, cinq bateaux tentent de s’accrocher pour ne pas perdre plus de terrain : Mapfre, Neutrogena, Président, GAES Centros Auditivos et Groupe Bel.

A partir du 11 janvier, Renault Z.E. livre une bataille sans merci avec les filles en se partageant tour à tour la neuvième et la dixième place. Jean Le Cam et Bruno Garcia sur Président abandonnent, offrant une place au classement à Gaes Centros Auditivos qui, dans le même temps, négocie à la perfection un Pot au Noir particulièrement coopérant. Les filles gagnent tranquillement du terrain et enregistrent même la plus belle progression de la flotte, le 18 janvier, en parcourant 250 milles en 24 heures.

Le grand duel avec Hugo Boss

« Nous somme devant un mur », déclare Anna Corbella, moins de trois jours plus tard. L’anticyclone de Sainte Hélène montre son plus mauvais visage et capture les filles dans ses griffes. Elles parviennent finalement à sortir de l’Atlantique dans un groupe composé de Hugo Boss, We Are Water, Central Lechera Asturiana et Fòrum Marítim Català.

La première semaine de janvier, elles font leur entrée dans l’océan Indien qui, fidèle à sa réputation, va les malmener dès le début. Elles parlent dans un mail « de conditions horribles, avec des vagues monstrueuses ».

Le 6 février, GAES Centros Auditivos, 8ème, et Hugo Boss entament une longue chasse (la plus longue de la Barcelona World Race 2010-2011), au terme de laquelle les filles sortiront gagnantes après l’arrêt aux stands des Malouines de leurs rivaux.

Premiers problèmes

Tout au long de la course, Dee Caffari et Anna Corbella affichent une bonne humeur constante, notamment lors des visioconférences avec la terre. Mais le 11 février, Dee avoue sa déception de voir des bateaux comme Renault Z.E. ou Neutrogena, un temps derrière elles, désormais échappés très loin devant.

Une semaine plus tard, GAES Centros Auditivos déplore son premier problème : le système informatique du bateau est hors service. Dee Caffari et Anna Corbella n’ont plus de pilote automatique, plus d’instruments de navigation et d’ordinateurs pendant 6 heures. Dee Caffari et Anna Corbella confessent le 22 février être dans la cabine « en mode survie » face aux énormes vagues et aux forts vents rencontrés au sud est de l’île de Tasmanie : de 40 à 50 nœuds, avec des rafales de 60 et des vagues de 6 à 10 mètres.

Après le passage du détroit de Cook, c’est un cyclone cette fois, nommé Atu, qui barre leur route. Les filles sont obligées de ralentir la cadence pour laisser passer la tempête et éviter le centre dépressionnaire. Dans un courrier envoyé du bord elles confient : « c’est plus difficile qu’on l’imaginait ! ». En faisant cap plein nord, elles échappent tout de même au pire et retrouvent des vents favorables qui soufflent tout de même à plus de 40 nœuds. « Le pire c’est l’état de la mer, totalement chaotique », explique Dee qui fait état de vagues de huit à dix mètres.

Paso doble

Le 10 mars, Gaes Centros Auditivos entame son approche du Cap Horn. C’est le quatrième pour Dee Caffari et le premier pour Anna Corbella. A 01:45 heure espagnol, les filles font d’une pierre deux coups : elles franchissent le Cap et doublent Hugo Boss : “C’était vraiment émouvant. Que ce soit le premier ou le quatrième Cap Horn c’est toujours un sentiment très spécial, mais le passer juste avant un concurrent direct rend la chose encore plus spéciale ! », raconte Dee Caffari dans un courrier, quelques minutes après avoir franchit la latitude du mythique Cap des Tempêtes. Dee et Anna sont alors septièmes, Groupe Bel ayant abandonné à Ushuaïa suite à une avarie de quille.

Une fin de parcours semée d’embûches

Quelques jours plus tard, leur système de communication pose à nouveau problème et récolter des données météorologiques se transforme en véritable casse tête. Mais plus grave encore, l’un des ballast se vide à l’intérieur du bateau, c’est l’inondation ! Très vite le problème se transforme en une avarie beaucoup plus sérieuse, la structure de la coque est endommagée. Dee et Anna doivent se rendre à l’évidence : il leur sera impossible d’arriver à Barcelone sans réparer. Le 26 mars, elles décident de profiter du passage du Pot au Noir pour s’arrêter au milieu de l’océan et faire un peu de strat.

Deux jours plus tard, à 10h30, heure espagnole, GAES Centros Auditivos devient le sixième bateau de la flotte à faire son retour dans l’hémisphère nord. Débutent alors de longues journées au près en direction de Gibraltar. Sans rival direct, ni devant ni derrière, elles font leur retour en Méditerranée dans la nuit du 9 avril. La remontée vers Barcelone est rendue compliquée par de nombreuses zones de calmes qui jouent avec les nerfs des filles. C’est finalement le 13 avril au petit matin à 09h 17min 18sec, après 102 jours, 19 heures, 17 minutes et 18 secondes de mer, que les « chicas » en terminent avec leur tour du monde. Anna Corbella devient par la même occasion la première femme espagnole à terminer un tour du monde en course sans escale. Dee, quant à elle, ajoute un nouveau tour du monde à son cahier de navigation déjà bien fourni. C’est le quatrième que l’anglaise boucle : 2 à l’endroit, 2 à l’envers (dont un avec escale) !

Anna Corbella : « C’est une grande émotion d’arriver dans ma ville natale après avoir fait un tour du monde, en doublant les trois caps sans s’arrêter. La route jusqu’à l’arrivée a été longue et pas toujours facile, mais la récompense ne pouvait pas être plus grande ! Je ne réalise pas encore ce que j’ai accompli. Il va falloir que je digère tout ça pour en être consciente. En tout cas, je suis fière d’ouvrir la voie à d’autres femmes, à faire du sport et qu’elles se lancent dans la réalisation de leur rêve ! »

Dee Caffari : « C’est fou ce monde ! Je suis vraiment impressionnée ! Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de monde de si petit matin, mais Anna est devenue une héroïne locale et elle mérite un tel accueil. Je suis partagée quant à notre performance, j’espérais vraiment que nous allions entrer dans le Top 5 avant le départ. Mais il faut se dire que 4 bateaux n’ont pas terminé la course alors que nous l’avons fait et qui plus est sans s’arrêter ce qui était notre volonté. Je pense qu’au-delà de la performance sportive il faut être contente, nous avons terminé quelque chose de vraiment spécial, et se rappeler que tout le monde ne navigue pas autour du monde sans s’arrêter. Par contre je dois avouer que l’objectif de départ de terminer dans le Top 5 est encore en moi, il faut que je réussisse à rentrer dedans ! »