La force tranquille

Virbac-Paprec 3 attendu à Barcelone demain vers 9h (TU+2)
Renault Z.E. conforte sa troisième place
GAES Centros Auditivos face à un choix stratégique crucial
Ils ne battront pas le record du tour du monde en double, mais ce n’est pas le plus important. Sauf accident, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron remporteront demain, en début de matinée, cette deuxième édition de la Barcelona World Race. Il reste une nuit aux deux navigateurs pour savourer ces dernières heures de course et se préparer au maelström médiatique qui va les attendre dans la capitale catalane. Derrière eux, le podium semble acquis.

Tranquilles… Avec 247 milles d’avance sur leur plus proche rival, à 90 milles de l’arrivée, les deux skippers de Virbac-Paprec 3 peuvent voir venir. Bien sûr, il va falloir rester vigilant, surveiller le trafic dans cette zone de Méditerranée sillonnée de nombreux navires de commerce, de même que de nombreuses barques de pêche. Mais cette dernière nuit de mer devrait être surtout l’occasion pour les deux navigateurs de savourer le travail accompli. Du bon boulot d’artisan, une copie propre rendue, tel est le sentiment qui doit dominer à bord du dernier né de l’écurie de Jean-Pierre Dick qui est apparu singulièrement détendu à la vacation du jour. Le navigateur niçois reconnaissait d’ailleurs, in petto, qu’il lui avait fallu attendre d’être à vingt-quatre heures de l’arrivée pour commencer à lâcher la pression. Ces dernières heures n’appartiennent qu’à eux, mais on imagine combien les deux compères vont pouvoir goûter une entente, heureux mélange de partage de compétences et de respect mutuel, entre deux hommes qui ont su trouver cet équilibre fragile entre complicité et égards nécessaires.

L’échappée belle de Renault Z.E.

Dans le sillage des vainqueurs, la Catalogne s’apprête à fêter le retour d’Iker Martinez et Xabi Fernandez (MAPFRE) qui pourraient en finir mardi soir ou mercredi matin suivant les humeurs de la Méditerranée. Brillants deuxièmes, les deux navigateurs basques pourront aussi s’enorgueillir d’avoir accompli leur tour sans escale technique et d’avoir respecté ainsi le plan de charge qu’ils s’étaient fixés. A 400 milles de Gibraltar, Pachi Rivero et Antonio Piris (Renault ZE) devraient pouvoir rejoindre l’entrée du détroit quasiment sur un bord. Leurs concurrents immédiats Estrella Damm et Neutrogena devraient, quant à eux, subir une nouvelle rotation des vents à l’est nord-est qui risque de les obliger à tirer des bords le long des côtes marocaines. La punition la plus sévère sera pour Ryan Breimayer et Boris Hermann qui, contraints par leur quille de serrer le vent davantage que leurs adversaires, se retrouvent dans la situation la plus défavorable : ils vont être les premiers à subir l’influence d’une petite dépression thermique qui se forme sur le Maroc et qui va générer des vents de nord-est, pile sur leur route.

Dilemme pour Dee et Anna

Il en est d’autres qui peuvent avoir des raisons de se plaindre : ainsi Gerard Marin et Ludovic Aglaor, à bord de Forum Maritim Catala, n’en finissent pas de rencontrer des vents contraires et s’inquiètent de leur gréement qui donne quelques signes de faiblesses. Pour eux, c’est encore au minimum vingt jours de mer avant d’espérer rallier Barcelone. Et ces jours-là, quand on sait que le premier a touché terre, paraissent forcément plus longs car ils concrétisent les milles de retard accumulés tout au long de la course. Et que dire de We Are Water relégué encore à 2500 milles de leur tableau arrière ou Central Lechera Asturiana qui pointe à plus de 10 000 milles de l’arrivée en plein cœur du Pacifique, alors que l’automne austral se profile plus nettement chaque jour ?

A l’aune de ce constat, les positions de Hugo Boss, en pleine traversée d’un Pot au Noir relativement peu actif et de GAES Centros Auditivos, bien calé au sixième rang sont plutôt confortables. Malgré tout, Dee Caffari et Anna Corbella vont avoir à faire un choix crucial pour remonter vers la porte de la Méditerranée. L’anticyclone qui gonfle devant leur étrave leur offre la possibilité, soit de piquer dans l’est et se condamner à des heures et des heures de près, soit de basculer sur la face ouest des hautes pressions pour les contourner, avec le risque de devoir remonter jusqu’à la latitude de Lisbonne. Mais entre un peu de tourisme lusitanien et la perspective de vivre pendant des jours comme des dahus, gageons que le bonheur des dames passera par quelques détours.

Classement du 3 avril à 16 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 89 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 247,3 milles du leader

3 RENAULT Z.E à 799,7 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1004,2 milles

5 NEUTROGENA à 1305,6 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1952,3 milles

7 HUGO BOSS à 3037,7 milles

8 FORUM MARITIM CATALA à 3882,6 milles

9 WE ARE WATER à 6352,1 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10389 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3 : « Nous venons de passer ce matin Ibiza avec une bonne brise, mais la pétole devrait faire son apparition dans la journée. Le bateau avance à bonne allure vers l’arrivée. MAPFRE est à distance plus que respectable. La victoire est à portée de main. Il nous reste une nuit difficile à passer avec de la pétole ce soir et un peu de près demain. Il faut faire attention au matériel. Mais nous touchons du doigt cette arrivée.

Nous restons fidèles à notre méthode depuis le début. Nous regardons dehors toutes les dix ou quinze minutes. L’Activ’Echo et l’AIS sont branchés. Tout est fait pour ne pas avoir de mauvaises surprises, mais il existe toujours des risques inhérents à la navigation.

Nous sommes super contents d’arriver à Barcelone. Nous imaginons déjà l’accueil. Retrouver nos familles, nos amis, nos sponsors, nos collaborateurs… Trois mois c’est long ! Ne serait-ce que de revoir mon fils qui a maintenant sept mois ! Il a doublé son âge depuis mon départ. Cela va être un choc pour moi. J’ai revécu en mer cette nuit le premier passage de Gibraltar. Nous étions passés devant Foncia. Cela paraît assez lointain. Beaucoup de choses se sont passées depuis. Deux arrêts techniques, dont un pour la barre d’écoute qui casse. Nous pensions que tout était fini pour nous, qu’il allait falloir rentrer à la maison. Mais toute l’équipe s’est mobilisée et nous avons pu repartir. L’arrêt à Wellington était aussi une décision difficile à prendre. La vélocité de Virbac-Paprec 3 et les réglages incessants nous ont permis de rester en tête. »

Anna Corbella, GAES Centros Auditivos : « L’angle de vent va s’ouvrir au fur et à mesure et nous allons pouvoir faire le tour de l’anticyclone. D’ici peu nous allons choquer les écoutes et la vie à bord va s’améliorer. Cela fait une semaine que nous sommes au près et cela tape beaucoup. Nous sommes un peu fatiguées et nous attendons avec impatience la rotation du vent. Une fois qu’il aura tourné, il y aura une petite zone de transition à négocier. Ensuite, nous ferons cap sur Gibraltar. Cela ne devrait pas être très difficile. Il devrait y avoir des vents du nord et ça devrait faciliter le passage du détroit. Mais c’est encore dans une semaine. Nous n’allons pas crier victoire trop vite car tout peut arriver. »

Gerard Marin, Forum Maritim Catala : « Le gréement est un peu détendu. Nous ne pouvons pas forcer sur le bateau. La partie haute du mât bouge sous le vent. La solution est de prendre des ris. Au portant avec le spi en tête c’est très difficile. Nous devons être prudents et comme il n’y a pas beaucoup de pression derrière nous, nous pouvons naviguer comme nous le voulons.

Jean-Pierre et Loïck ont réalisé une très belle régate, une superbe course. Toute l’expérience de ces deux grands marins saute aux yeux. De là où nous sommes, nous les félicitons et nous les envions d’être quasiment de retour à la maison. Nous devrions finir environ vingt jours derrière eux. Nous aimerions bien y être, mais il est encore trop tôt pour y penser. Il nous reste encore tant de choses à faire.»