Mirabaud, journal de bord du vendredi 21 janvier 2011

On prend les mêmes et on recommence

Les neuf premiers voiliers de la Barcelona World Race sont séparés par à peine 200 milles après 21 jours de course, ce qui est tout à fait exceptionnel et démontre bien le haut niveau de compétitivité de la flotte et des équipages.

Actuellement sixième du classement, le Mirabaud se bat depuis le début avec les meilleurs, oscillant entre la troisième et la septième place au gré des systèmes météo et des options de ses adversaires, effectuant incontestablement une très belle première partie de course.

Engagé à 120% dans la régate, et vivant véritablement en osmose avec son bateau et son environnement – sans oublier sa co-skipper – Dominique n’est pas particulièrement satisfait de la situation du moment. « Ceux de devant sont

partis, Foncia et Virbac Paprec ont contourné toute la flotte, et ceux de derrière sont revenus au contact. Il n’y avait pas vraiment d’alternative stratégique », regrette-t-il. « Maintenant, on est enfin repartis et je ne pense pas qu’on va à nouveau s’arrêter, même s’il y a encore une petite bulle anticyclonique devant ; on devrait la franchir rapidement. »

Foncia, lui, a repris la tête après son escale forcée à Recife. Michel Desjoyeaux et François Gabart ont été contraints de longer la côte Brésilienne, dans une zone réputée pour ses calmes. Ils y ont trouvé un puissant vent du nord qui leur a permis de « faire la cuillère ».

Le retour voulu du suspense

Il y a trente ans, en 1981, lorsque Dominique Wavre disputait sa première course autour du monde, le skipper de Disque d’Or III Pierre Fehlmann enregistrait deux fois par semaine un message par l’intermédiaire de Radio Berne. Le public pouvait ensuite appeler un répondeur automatique et écouter la mystérieuse voix du grand large, grésillante et riche en mystères, derrière laquelle il tentait d’imaginer le quotidien du bord.

Aujourd’hui, la technologie permet de voir des vidéos, parfois en direct, de recevoir quotidiennement des photos de la course, d’écouter les vacations radio sur le web et même de poser ses questions aux skippers. Quant aux simulations virtuelles, elles permettent de suivre la progression des voiliers en temps réel.

Cette abondance d’information a – indépendamment de tous ses avantages – enlevé un peu du mystère de la course au large aux yeux du public, et incité les organisateurs à essayer de réinsuffler artificiellement une dose d’imprévu par l’intermédiaire du mode furtif, qui permet aux voiliers de disparaître des écrans pendant 36 heures. A l’inverse de ce que nous avions annoncé précédemment, cette possibilité est offerte à chaque équipage à quatre reprises lors de leur tour du monde et non pas une fois. Dont acte… et suspense garantis.

Au programme : maintenance et révisions

« Le Mirabaud est en bon état ; nous surveillons régulièrement toutes les pièces sensibles et essayons d’anticiper les problèmes », raconte Dominique. « Nous n’avons pas encore effectué de check complet du bateau car les conditions de ces derniers jours nous ont imposé de régler les voiles en permanence ; c’était très intense. Mais on profitera de la prochaine opportunité pour grimper au mât et vérifier le système de barre, si possible avant d’entamer le grand Sud. »

Ce dernier devrait être atteint d’ici deux jours. Un laps de temps durant lequel la température va brutalement chuter tandis que la mer va commencer à gonfler ; prélude d’une immersion consentante dans un autre monde, hostile et brutal, avec le Cap Horn en point de mire dans… quarante jours.