Roger Staub

En quoi Swiss Sailing a changé ces derniers temps ?
Nous avons entamé de grands changements il y a trois ans lorsque j’ai été élu* ; nous commençons à en voir les effets. Cette évolution était guidée par une recherche de professionnalisme et d’efficacité accrue en se reposant sur trois grands chantiers : une structure plus claire de la fédération, une taille plus réduite du comité central, et la création de la SA de Swiss Sailing Team pour le sport d’élite.

Qu’est-ce qui va encore changer ?
Le magazine Skippers, voile & océan devient notre magazine officiel et sera envoyé à tous les membres de la fédération pendant les trois prochaines années. Nous allons donc renforcer notre présence dans la presse nautique, et également en Suisse romande. Cela nous permet en outre d’offrir du concret à tous les membres de Swiss Sailing, pour qui l’abonnement à Skippers devient gratuit puisqu’il est inclus dans leur cotisation.

Pourquoi avoir choisi Skippers ?
C’était à mon sens une évidence, Skippers est le seul magazine nautique suisse à donner une vraie place à la voile. Les autres magazines sont trop régionaux ou trop tournés vers le motonautisme. Le message de Swiss Sailing sera dorénavant valorisé, tout en étant compatible avec son environnement rédactionnel.

Pourquoi devenir membre de Swiss Sailing ?
Comme dans toutes les fédérations, plus elle compte de membres et plus sa taille lui permet de défendre les intérêts de ses membres et de leur offrir un encadrement à plusieurs niveaux. Aujourd’hui, il est possible devenir membre direct de Swiss Sailing sans passer par un club de voile, mais cela ne donne pas le droit de régater. Or il s’avère parfois long et coûteux de devenir membre d’un club de voile, ce qui décourage certains candidats. Sans parler des clubs qui ne souhaitent tout simplement pas voir le nombre de membres augmenter. Il existe des navigateurs qui aimeraient simplement participer à trois ou quatre régates par an, sans forcément passer par les formalités d’appartenance à tel ou tel club. Nous aimerions leur donner la possibilité de le faire par le biais de la Fédération suisse de voile. Cette porte d’entrée pourrait leur donner le goût d’en faire plus et de s’inscrire ensuite dans un club. D’autant plus que la somme reste très modique et comprend maintenant l’abonnement au magazine référence de la voile en Suisse.

Comment évoluent vos relations avec le Cruising Club Suisse ?
Dans le bon sens ! L’accord liant le CCS à Swiss Sailing remonte à vingt ans et ses initiateurs ne sont plus là. Aujourd’hui, nous menons des discussions de fond, objectives et sincères, pour définir s’il existe des objectifs communs et comment nous souhaiterions les atteindre. C’est un peu l’histoire d’un couple qui arrive à un tournant et s’interroge sur la suite à donner. Nos rencontres sont positives pour la voile suisse, et je rêve qu’un jour les membres du CCS et de Swiss Sailing soient réunis sous la même bannière, sans cette séparation eau douce/eau salée. Combien de navigateurs pratiquent exclusivement la mer ou les lacs ? Nos portes respectives devraient s’ouvrir l’un à l’autre. C’est déjà le cas lors de la SUI Sailing Night.

La SUI Sailing Night et les SUI Sailing Awards** auront-ils lieu tous les ans ?
Ce grand événement fédérateur deviendra peut être annuel après quelques éditions, mais dans un premier temps nous l’organiserons tous les deux ans. Une fois comme cette année dans le sillage des Jeux Olympiques, et une fois après un événement tel que la Race of Champions qui réunit les meilleurs régatiers de chaque discipline sur un seul plan d’eau, comme à St Moritz il y a deux ans. Cette soirée représente un travail énorme, et l’élection des meilleurs navigateurs suisses doit garder un intérêt à travers une variété que notre réservoir de nominés ne permet pas forcément de garantir chaque année.

Quels sont vos objectifs pour votre prochain mandat ?
Précisons tout d’abord qu’il s’agit là de mon dernier mandat puisque nous avons limité la présidence de Swiss Sailing à deux fois trois ans maximum. Je distingue quatre objectifs, à commencer par la poursuite de ce qui fonctionne bien aujourd’hui. Ensuite, comme je l’ai indiqué auparavant, j’aimerais faciliter la possibilité de régater au plus grand nombre. En troisième lieu, il devient impératif d’améliorer l’accès à l’eau. Nos lacs comptent 100 000 places d’amarrage, dont 60% reviennent aux bateaux à moteur, qui remplacent de plus en plus les voiliers lorsqu’une place se libère. Beaucoup de gens aimeraient se mettre à la voile mais doivent y renoncer faute de places. Nous avons pris une participation dans Sailbox, qui propose le boat sharing de manière professionnelle. Je rêverais de pouvoir constituer une flotte de 60 voiliers sur les principaux lacs, qu’il serait possible de louer pour une journée ou une après-midi. Cela pourrait par ailleurs intéresser un sponsor. Enfin, le dernier objectif concerne les Jeux Olympiques de Londres en 2012. Si la Suisse n’y décroche pas de médailles en voile il faudra certainement repenser notre approche du sport d’élite.

D’un point de vue personnel, vous vous intéressez plus spécifiquement à la voile classique, qu’en attendez-vous ?
Je prends beaucoup de plaisir à naviguer sur mon Dragon et j’ai aussi créé une association de sauvegarde du patrimoine des bateaux classiques, l’Oldtimer Boot Club Zurichsee***. Je nourris deux rêves en la matière : pouvoir un jour faire naviguer un 8mJI sur le lac de Zurich, et créer un circuit de voile classique en Suisse. Nous avons le potentiel d’amoureux des vieux gréements et de plus en plus de gens se mettent à leur restauration**** sur les principaux lacs, mais il faudrait trouver un sponsor qui puisse financer leur transport d’un lac à l’autre dans le cadre d’un tour suisse. Ce sera peut être ma prochaine casquette ?